La langue de chez eux : vieux mots canadiens français

Publié le par Hubert Mansion

 

Le P. Potier avait recueilli diverses expressions canadienne-française du XVII et XVIIIe siècle, dont beaucoup ont disparu. Ses recherches s'étendaient jusqu'aux États-Unis. Tout ce vocabulaire est influencé par les termes de marines : à Detroit, on dit enverguer pour attraper comme on dit encore ici virer de bord (se retourner, et par ext. changer d'avis), se gréer pour s'habiller (plus rare), etc. Il note déquiller pour débouter, chasser; flibuster pour voler, donner dans le déponent c'est commettre quelques incartades.

Au passage, il recueille aussi des expressions souvent savoureuses : on dit plier les yeux  pour les fermer; laisser son cheval mahger aux mouches  signifie s'arrêter, se brancher , pour un oiseau, c'est se poser sur une branche; on est jaloux comme un chat, quand on ment c'est qu'on grossit la langue. Un homme de rien est un grille-boudins. Le mariage est la conjugaison, tandis que le coup séraphique est l'alcool que l'on boit après le café. Et enfin, le mot que je préfère et qui n'a pas, à mon avis, de synonyme : interboliser quelqu'un, c'est le troubler en l'interrompant.

A côté de ces notes linguistiques, il enregistre au passage certains traits de la sagesse populaire: on ne meurt pas à Québec à la marée montante tandis que le porc tué à la marée descendante diminue de moitié à la cuisson.

Le Père Potier reliait lui-même ses notes dans une peau de caribou et l'on a heureusement publié celles-ci dans des revues spécialisées.  Mais j'aimerais voir ce petit carnet qui a tant voyagé dans toute l'Amérique française, et je vais tenter de le retrouver. Depuis de nombreuses années, je pense à publier une liste de vieux mots canadiens-français à réutiliser dans la langue d'aujourd'hui. Et je le ferai si le téléphone arrête de m'interboliser !

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