TOURTERELLES CDA

Tourterelles du Canada, espèce disparue


 

 

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LES ENTREVUES

 

 

  

 Entrevue  du  17 mars 2006 :

avec  : Hubert  MANSION

par Denise BOMBARDIER

Radio-Canada  98,5 FM

 ÉCOUTEZ 

 


 

Vous m'en lirez tant

Entrevue  du  9  avril  2006 :

avec  : Hubert  MANSION

par : Raymond CLOUTIER

Radio-Canada  95,1 FM

 

 

Volet 1 : ÉCOUTEZ

Extrait audio du livre:

Volet 2 : ÉCOUTEZ

Volet 3 : ÉCOUTEZ


 

 

 Entrevue du 31 décembre 2007

 

 avec Hubert MANSION 

 

par Raymond DESMARTEAUX

 ÉCOUTEZ

 

 

 


 

 

 

 

 

 Entrevue  du  17 juillet 2006 :

avec  :  Hubert  MANSION

par  : Tommy  GAUDET et

Simon-Pierre BILODEAU

CHOQ   FM   -   70%

 

 

 

 

 

 Volet 1 : ÉCOUTEZ

Volet 2 : ÉCOUTEZ

Volet 3 : ÉCOUTEZ

 


 

  

 Auteur : H.Mansion

 

Auteur : H.Mansion

 


 

Auteur et Recherche:

 Hubert Mansion

   Mise en page / Audio

illustration / Animation:

 

Lise Bisson

 

 

 

 

 

Collaboration spéciale:

Merci à  Denis Grenier

Ainsi qu'à  Simon Senay

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16-Quand l'Ouest était français

Dimanche 18 décembre 2005 7 18 /12 /2005 20:40

Quand les Indiens parlaient français, les Français parlaient indien : l'extraordinaire langue mitchif, ou michif, presque disparue aujourd'hui, a été heureusement analysée et enregistrée.  Je cite ci-dessous un extrait tiré des collections numérisées du Canada, avec un enregistrement d'une conversation en français mitchif.

« Le michifTiré de Peter Bakker, A language of Our Own, The Genesis of Michif, the Mixed Cree-French Language of the Canadian Métis, New York, Oxford University Press, 1997, p.  5, 6-7, 274-275. Traduction par Myriam Coucke. Dans le premier paragraphe, il s'agit d'un récit raconté en michif par Modeste Gosselin de Lebret (Saskatchewan). un vieux ana ayi... un vieux ê-opahikêt ê-nocihcikêt, you see, êkwa ayi... un matin ê-waniskât âhkosiw, but kêyâpit ana wî-nitawi-wâpahtam ses pièges. sipwêhtêw.mêkwât êkotê ê-itasihkêt, une tempête.maci-kîsikâw.pas moyênsi-miskahk son shack.wanisin.pas moyên son shack si-miskahk. pimohtêw, pimohtêw. êy-âhkosit êkwa le-vieux-iw-it nôhtêsin. d'un gros arbre pimi-cipatapiw. « ôta nipiyâni », itêyihtam êsa, « une bonne place ôma si-nipi-yân ». ê-wâpamât ôhi le loup de bois ê-pâ-pahtâ-yi-t. ha, ha. ka-kanawâpamêw. le loup awa pê-isipahtâw êkota itê api-yit. êkwa ayi... pâstinam sa bouche ôhi le loup ê-wî-otinât. pastinên, son bras yahkinam, right through anihi le loup, the wolf dans la queue ohci-otinêw, par la queue âoci-pitêw ! kîhtwâm le loup asê-kîwê-pahtâw ! ha ha ha ![...]Plusieurs choses étonneront le lecteur dans ce court récit, par exemple, que les mots cris et français sont utilisés relativement dans la même proportion. Ceci se voit facilement, car tous les éléments cris sont en italique dans le texte. De plus, on constate que tous les verbes sont en cri et tous les noms sont en français. Les seuls mots qui ne sont ni français ni cris sont quelques mots d'anglais (but, shack et right through). On remarque aussi que les noms français, mais aussi les articles - définis et indéfinis, féminins et masculins - (un matin, une tempête, le loup, la bouche) s'utilisent exactement comme en français. Les pronoms possessifs « son » et « ses » s'accordent aussi en genre et en nombre comme en français (son bras, son shack, ses pièges). Les prépositions françaises (dans et par) sont aussi utilisées. De prime abord, il semblerait que toutes les parties du discours se rapportant aux noms sont françaises, mais ce n'est pas complètement vrai : les démonstratifs sont cris (ana et awa). En cri, il y a des démonstratifs différents pour les noms animés et inanimés [ana pour « ce » (animé) et ôma pour « ce » (inanimé)] et pour les objets proches, éloignés et très éloignés, (awa pour « ceci », ana pour « cela »). Il y a aussi en cri différentes formes démonstratives pour les noms animés qui sont le sujet du récit (par exemple ana) et pour ceux qui sont nouveaux dans le récit (par exemple anihi), c'est ce que l'on appelle la forme obviative. Tous ces éléments se rencontrent aussi dans la langue michif. Les démonstratifs en michif semblent s'accorder en nombre, en animation et à l'obviatif avec le nom, comme en cri.Il faut aussi noter que les quelques adjectifs français dans le texte sont au masculin (un gros arbre) ou au féminin (une bonne place) et s'accordent avec le nom qu'ils modifient, tout comme en français. Apparemment, la partie française de ce récit est très proche d'autres variétés de français. Il y a cependant une exception : lorsque l'homme attrape le loup par la queue, le narrateur dit : « dans la queue ». Un Français ou un Canadien français aurait utilisé la préposition « par ». Ces différences sont assez insignifiantes comparées au nombre de similarités. Alors que le français possède plusieurs prépositions locatives (sous, à, sur, dans, etc.) le michif n'en a généralement qu'une, « dans », souvent prononcée /da:/ ou /da/. Bien entendu, il existe d'autres prépositions en michif qui permettent de préciser le lieu, comme « en arrière ». Il faut aussi noter que le sens des mots en michif est parfois un peu différent du sens français ou cri. Par exemple, en michif, le mot « gros » signife « grand », mais en français canadien ou européen, il signifie « gras » avec un sens secondaire de « grand ». [...]Les chasseurs de bisons métis de Saint-François-Xavier et de Baie Saint-Paul utilisaient leurs terres de la Rivière-Rouge uniquement comme base. Leur vie était centrée sur les déplacements vers les prairies de l'ouest et du sud, à la recherche des bisons. À l'ouest, des groupes d'Indiens se joignaient à eux , mais les Métis demeuraient le groupe ethnique le plus important. Quand les Métis commencent à chasser, vers 1800, plusieurs groupes d'Indiens, les Assiniboines, les Cris, les Ojibwés, ainsi que leurs ennemis, les Sioux, chassent déjà le bison dans les plaines du Nord-Est (Dakota du Nord, Montana, le sud-ouest du Manitoba et le sud de la Saskatchewan). Comme indiqué plus tôt, ces trois premiers groupes parlaient le cri des plaines. Certains Métis passaient l'hiver avec ces Indiens. L'importance des Indiens non cris dans la chasse au bison est démontrée par le fait que tout le système organisationnel du «gouvernement provisoire» de la chasse, avec ses chefs et ses éclaireurs, était directement copié sur celui des chasseurs de bison assiniboines. Les Métis allaient plus tard utiliser ce système comme base de leur gouvernement provisoire au Manitoba. La plupart des Métis parlaient l'ojibwé, le cri et le français, tandis que les Indiens parlaient tous le cri, l'assiniboine ou l'ojibwé. Il était donc naturel que le cri devienne la langue de communication entre les Métis et ces Indiens : c'était la langue que tous avaient en commun. Avec l'importance grandissante de la chasse au bison après 1821, les Métis ont de plus en plus de contacts avec les Indiens parlant le cri et de ce fait, l'ojibwé perd de son importance. Ils s'habituent à parler cri au cours de leurs voyages vers les terrains de chasse et les camps d'hiver et abandonnent peu à peu le saulteux. S'il est vrai que le mélange de code amérindien et français avait dû être courant parmi les voyageurs et les gens d'ascendance mixte, et cela depuis les premiers mariages mixtes et leurs enfants bilingues, c'est seulement dans ces camps de chasse que le mélange s'est solidifié pour devenir un code fixe. Ici, la langue avait sans doute adopté la forme de verbes cris et de noms français. Ce modèle aurait aussi été prédominant dans les autres mélanges de codes. La genèse, ou du moins la codification de la langue michif, est intimement liée à l'émergence de l'identité métisse. Le michif a été précédé par différents mélanges de codes, en particulier l'ojibwé et le français. Le michif était utilisé uniquement entre Métis. On ne le parlait pas avec les étrangers et il n'y a que quelques décennies que le monde extérieur a découvert son existence. Les langues utilisées avec les étrangers étaient le français, l'ojibwé et le cri. C'est probablement après la dispersion massive des Métis, à partir des années 1860, que ceux-ci ont complètement oublié le français, le cri et l'ojibwé. Et ce n'est que beaucoup plus tard, que le michif est devenu la seule langue parlée par plusieurs milliers de personnes. Cependant, avant que ces langues ne tombent en désuétude, le michif était sans doute la langue dans laquelle ils se sentaient le plus à l'aise. »

Par Hubert Mansion - Publié dans : 16-Quand l'Ouest était français
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Mercredi 21 décembre 2005 3 21 /12 /2005 20:58

Madame Lajimonière suit son mari à cheval dans les Prairies. Nous sommes dans les années 1800, en plein mois d’août, au début de la colonisation de l’Ouest.

Le bébé de Madame Lajimonière est emmailloté dans un sac qui pend d’un côté du cheval et dont le contrepoids est, de l’autre côté, un sac de provisions. Elle chevauche ainsi avec son mari quand soudain un troupeau de bisons traverse au loin les immenses étendues. Or les bisons ont sur les chevaux un curieux effet, car ceux-ci s’élancent généralement à leur poursuite à très vive allure : voici Mme Lajimonnière emportée sur son cheval qu’elle ne peut plus maîtriser, avec son bébé ballottant dans le sac, et  son mari lancé à sa poursuite. Quelques heures plus tard, quand son mari arrive enfin à l’arrêter au milieu quasiment des bisons, Madame Lajimonnière le remercie en…accouchant de son deuxième enfant. On le prénomme évidemment Laprairie...

J’ignore ce qu’est devenu ce petit garçon dont l’accouchement fut finalement provoqué par des bisons. Mais il est bien l’arrière-arrière-arrière-grand-père de quelqu’un qui se demande sans doute pourquoi il est fasciné par les buffalos...

Par Hubert Mansion - Publié dans : 16-Quand l'Ouest était français
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Dimanche 7 janvier 2007 7 07 /01 /2007 02:00

 

Nos résolutions les plus définitives proviennent de moments provisoires, disait Gide. Quand on me demande pourquoi je suis au Canada, je réponds habituellement par des phrases logiques, comme si ma vie était gouvernée par la raison. Mais ne devrais-je pas plutôt répondre ceci,

 

 

 

 

 

 

 

 qui a sans doute plus motivé mon départ que bien d’autres choses :

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Par Hubert Mansion - Publié dans : 16-Quand l'Ouest était français
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Mardi 20 février 2007 2 20 /02 /2007 23:42

 

 

 

 

 

En travaillant sur mon projet de « Mots à sauver du français d’Amérique », je tombe sur cette étrange aventure qui vaut à elle seule bien des livres d’histoires.

 

L’affaire se passe en 1849 dans l’Ouest américain, lors de la ruée vers l’or, et a été racontée à l’auteur par un de ses acteurs. Un groupe de Canadiens français avance dans les prairies, à cheval et en « wagons » sous un soleil torride…

 

« La journée avait été chaude ; aucun point de repère ne pouvait donner une idée du chemin parcouru depuis le matin. Il y avait deux mois que la caravane avec quitté  les derniers établissements américains. De tous les côtés de l’horizon, le ciel descendait sur la surface unie de la plaine. À part une longue route à perte de vue ou des chariots avaient laissé leurs traces, les voyageurs n’apercevaient aucun indice du passage des hommes, et rien autour d’eux ne  rappelait les événements dans les siècles accumulés ont dû être les témoins dans ces fertiles mais alors incultes régions. Le silence éternel régnait en maître sur la solitude.

 

Les voyageurs étaient à se demander si on allait poursuivre la marche pendant encore une heure ou deux avant de camper pour la nuit, lorsque l’un d’eux, étendant le bras vers l’horizon, à l’ouest, dit ces simple mots :

 

-Voilà du monde !

 

Un point  noir, toujours grossissant, semblait se rapprocher à chaque instant des voyageurs, et il était de plus en plus évident que ce n’était pas un troupeau de buffles qui passait dans la prairie, mais bien des cavaliers qui venaient droit à eux. Ce ne pouvait être des blancs, car on n’était qu’au début de la fièvre de l’or, et toutes les caravanes composées d’Européens se dirigeaient alors de l’Est à l’ouest. C’était donc de peaux rouges.

 

Il fut décidé que les charrettes et des boeufs seraient placés de manière à former une sorte de rempart, et que les cavaliers resteraient en selle sur leurs chevaux et se placeraient en avant, sauf à se replier aux besoins derrière les charrettes et le bagage si un combat devait être engagé. On lia les pattes des boeufs avec des entraves et l’on se plaça de la manière convenue. Il était temps : une cinquantaine de chevaux portant des cavaliers indiens, parmi lesquels se trouvaient des femmes et même quelques enfants, arrivaient à toute vitesse.

 

Sur un cri strident, poussé par son chef, toute la bande s’arrêta. Elle offrait en ce moment un spectacle aussi hideux que pittoresque. Le chef était une espèce de géant dont la figure était peinte de la manière la plus effroyable. Il avait le buste et les bras couverts de sang. Un couteau et cinq chevelures noires, également ensanglantés, pendait à sa ceinture. Il portait une culotte taillée à l’européenne, et ses pieds étaient chaussés de mocassins. Dans son cou était passée une courroie soutenant une carabine, une corne à poudre, un sac à balles et à plomb et une boîte à capsules. Sa longue chevelure noire, un peu grisonnante, était retenue au sommet par une lanière peinte en vermillon. L’ensemble de sa personne était horrible à voir. Son cheval n’avait pas de selle, et une simple corde passée dans la bouche de l’animal tenait lieu de bride.

 

Le chef fit avancer sa monture de quelques pas vers les voyageurs, et, leur adressant la parole en anglais, il leur demanda d’où ils venaient et où ils allaient.

 

-Nous venons du fort Saint-Joseph de Missouri, et nous nous rendons à Sierre Nevada, répondit Gaspard Delorme, plus familier que ses compagnons avec la langue anglaise.

 

-Et vous avez passé par le Fort Laramée ! Vous avez terriblement allongé votre chemin. Vous n’êtes pas Américains ?

 

-Non, répondit Delorme.

 

Le chef reprit alors, en s’exprimant en langue française :

 

-Seriez-vous Canadiens, par hasard ?

 

-Oui, répondirent trois ou quatre voix.

 

-De Québec ou de Montréal ?

 

-Quelques-uns de Québec, quelques-uns de Montréal

 

-Et personne des Trois-Rivières ?

 

-Non, mais nous sommes plusieurs du district des Trois-Rivières.

 

-De quelle paroisse ?

 

-De la Rivière du Loup.

 

-De la Rivière du Loup ! (... ) Moi aussi, je suis de la Rivière du Loup. Mon nom est Boisvert. Vous devez nous trouver bien effrayant, mes gens et moi, mais n’ayez pas peur. Ma bande appartient à la tribu des Serpents, qui m’a adopté, et dont je suis devenu le chef. Nous venons de nous battre contre les Têtes-Plates, et nous avons été victorieux ; mais il nous manque quelques chevaux : voilà pourquoi vous voyez deux cavaliers sur un même cheval et même trois femmes sur une même monture. Ayez donc bien soin de vos bêtes, car on pourrait chercher à vous en dérober quelques-unes. Je vais parler à mes gens, qui sont fatigués, et doivent danser une partie de la nuit ; nous allons camper à cent  pas de vous. Je reviendrai vous voir dans une heure. (…)

 

Cet homme était devenu veuf une quinzaine d’années auparavant, et, peu de temps après, il avait quitté la Rivière du Loup pour courir les aventures, laissant ses deux enfants, deux petites filles, aux soins de quelques parents.

 

-Ces pauvres enfants, dit-il, il faut pourtant que je les revoie avant de mourir !... Je me suis remarié avec une Sauvagesse qui  me suit dans toutes mes expéditions. Elle sait que j’ai deux filles au Canada, et elle craint toujours que je ne l’abandonne. En ce moment, elle s’imagine que je complote mon évasion et que je vais m’enfuir avec vous… »

 

Le Canadien les emmène à un festin :

 

« On avait allumé un feu de fagots. Des tranches de bison fraîchement tué furent distribuées aux convives, qui le firent rôtir au bout de longues baguettes. Au reste, chacun s’arrangea à sa manière, et nos voyageurs firent ce soir-là un festin dont plusieurs gardèrent longtemps le souvenir ».

 

Intrigué par cette affaire, j’ai fait des recherches à Yamachiche pour retrouver les descendants de ce François Boisvert de la tribu des Serpents et, « par adon », je suis tombé sur un des descendants de cette branche, qui vit toujours à Yamachiche. Il m’explique que tous les Boisvert de cette région sont métisses, et quand il m’envoie sa photo, il ne lui  manque en fait que quelques scalps à la ceinture pour me donner envie de manger du bison.

 

 

Photo : "Chasse au bison" (droits libres) Archives Canadiennes

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Par Hubert Mansion - Publié dans : 16-Quand l'Ouest était français
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