Mardi 22 novembre 2005
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Janette Bertrand a écrit de nombreuses séries pour la télévision québécoise. Après avoir publié ses souvenirs, elle s’est dirigée vers une fonction de grand-mère-du-Québec. Elle est à la famille ce que Jean-Pierre Coffe est au marché : elle trie les bonnes salades de mauvaises, explique les dangers du pénis comme il fait avec les asperges, bref, elle fait office de conseil national.
Dans ce rôle de grand-mère stéréotypée, je l’entends ce soir expliquer pourquoi les couples se séparent à la naissance du premier enfant.
Selon elle, le couple se sépare du fait que la femme tombe en quelque sorte amoureuse de son bébé, ce qui exclut le père de la relation. Elle en tire la conséquence extrêmement logique, selon elle, qu’un homme ne peut rester en couple que s’il entame une reconquête de sa femme. Ainsi, selon elle, c’est l’homme qui est exclu : mais c’est lui qui doit apporter les fleurs. Aucun homme n’est interrogé sur cette question, débattue dans l’émission La Fosse aux lionnes, animée par des femmes pour des femmes.
Au Québec, ce sont les femmes qui parlent de l’intimité des hommes, et leurs disent comment faire : et ce qui est incroyable, c’est qu’ils sont d’accord.
Par Hubert Mansion
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Mercredi 14 décembre 2005
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Il y a une différence entre une émission sur les livres et une émission littéraire et on comprend bien cette distinction quand on regarde le pitoyable M'as-tu lu, présenté à Télé-Québec. Les animateurs y sont généralement hilares car ils ont décidé de faire dynamique, et y présentent des ouvrages sur la psychologie du chat, l'histoire du rock et la littérature pour les nuls. Le fond n'est jamais abordé, la forme il n'y faut pas songer, et pour le sujet, ils n'ont pas le temps. Mais tout est prétexte à une blague que seuls, du reste, les invités trouvent unanimement drôle : c'est à me dégoûter moi-même de lire.
On a compris, à regarder cette émission inutile, qu'elle procède d'un jugement sur le public : il ne peut pas apprécier une émission sérieuse, a-t-on affirmé en réunion, il faut lui offrir du divertissement, on va lui donc lui faire passer le livre pour un objet fun. Comme si une personne qui ne lit jamais allait regarder une émission sur les livres - ce qui est bien prétentieux de la part de la production. Et comme si les animateurs ignoraient qu' Apostrophes atteignait des taux d'audiences record au Québec, supérieurs, proportionnellement, aux taux obtenus en France.
La prétention à l'éducation des autres est une chose insupportable à regarder, mais elle est effrayante à imaginer. Car celui qui croit que ses conseils que personne n'a demandés vont donner à quiconque une envie d'apprendre des choses qu'il ne veut pas savoir, démontre qu'il ne les connaît que par effet de mode et ignore que le plaisir des réponses ne vient que de l'amour des questions. C'est ne rien comprendre à la culture, ne rien savoir de la pensée, prendre les gens pour des crétins. Et me mettre de mauvaise humeur.
Par Hubert Mansion
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Vendredi 9 juin 2006
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«Le bénéfice du féminisme, c'est que les hommes divorcés ont été forcés de découvrir les joies de la paternité» : voilà une de ces phrases éternelles, entendue aujourd'hui à la télévision québécoise, et prononcée par l'inénarrable Janette Bertrand, devant deux animateurs acquiesçant comme des dauphins à qui l'on jette des sardines : ce qui sera toujours étonnant, pour un Européen au Québec, ce ne sont pas les élucubrations déjantées de certaines femmes, mais les applaudissements sincères des hommes qui les écoutent.
Qu'ont fait les hommes pendant 5000 ans? La réponse est bien simple : rien. Étant donné qu'ils n'étaient pas «forcés» de découvrir les joies de la paternité, ils partaient chasser le mammouth, forniquer avec des chèvres de passage et inventer le procédé de fabrication de la Molson, en attendant que les femmes découvrent le féminisme.
Janette Bertrand prononçait ces paroles tout en fabriquant une tarte, car il faut croire que son ADN, exploité pendant des millénaires par les tortionnaires que nous sommes, continue de lui commander de fabriquer des tartes. Cette activité lui donnait l'apparence de la profondeur, car on écoute toujours avec respect la parole qui sort de la bouche d'un travailleur manuel.
En l'écoutant, je pensais à ces hommes qui montent au sommet du pont Jacques Cartier pour revendiquer le droit de voir leurs enfants ; je me remémorais ce père de famille dont les enfants avaient été drogués puis enlevés à l'étranger par leur mère. Et au-delà de ces cas qu'on prétendra toujours exceptionnels, je me souviens de mon père, de mon grand-père, de mon arrière-grand-père, tous responsables, présents, aimants et qui tenaient la barre, contre toute tempête, pour mener leurs enfants vers leur accomplissement. Et je me souvenais que, dans son autobiographie, Janette Bertrand n’a d'éloges que pour son père.
Oeuvre de Norman Rockwell
Par Hubert Mansion
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Jeudi 31 mai 2007
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L’été télévisuel est obligatoirement consacré à trois sujets :
1.- Le barbecue
Ce sujet est impérativement développé en deux points.
a) Les recettes Le cuisinier est forcément Français ou Italien, de préférence avec un accent et un air pittoresques. Il donne une recette sophistiquée (badigeonner la viande puis la faire cuire) et affirme que l’important c’est la qualité du produit.
Le chanteur, qui se demande ce qu’il fait là mais a aidé à la salade, est invité à jouer quelque chose: on trouve que ce petit spectacle est « extraordinaire » et on le remercie pour sa «générosité».
b) Le barbecue est-il mauvais pour la santé ? Un journaliste affirme que non, sauf si on mange tous les jours car l’excès nuit en tout (sauf en ce qui le concerne, car on le voit tous les soirs en rediffusion). Depuis deux ans et demi, une sous-question s’impose dans le studio extérieur surchauffé par les éclairages: le barbecue participe-t-il au réchauffement climatique ? À la «pause», la chaîne diffuse une pub pour une 4X4.
2.- Visitons la campagne
La campagne vue de Montréal est habitée par des innocents qui jouent du matin au soir à des jeux sans aucun intérêt mais qui les amusent beaucoup: lancer des fers à cheval, faire des courses dans des sacs à patates et des danses en carré à l’occasion de la récolte du blé d’inde. Ils se réunissent tous au village pour accueillir n’importe quel Montréalais de passage et tout le monde est triste de se quitter. Le reporter aventurier déclare qu’il n’a jamais rencontré de gens si «authentiques» et les remercient pour leur générosité.
3.- Allons à la Ronde
Des animateurs reçoivent d’autres animateurs et leur demandent quels sont leurs projets pour l’été. Ils répondent nécessairement qu’ils vont en profiter pour se rapprocher de leur famille qu’ils ont si peu vue pendant l’année et exposent ensuite leurs projets pour la rentrée (car ils commencent déjà à s’emmerder). Tout va toujours très bien dans leur vie (ce sont les seuls) et ils sont super contents de connaître la nouvelle attraction de la Ronde.
A la fin de l’émission, l’animateur promet à l’autre animateur de le réinviter pour en parler à la rentrée. Ils se remercient l’un l’autre pour leur générosité, étant donné qu’en septembre l’invité va lui-même inviter celui qui l’a invité pour savoir comment a été son été. On a déjà compris qu’il a été extraordinaire, qu’il a fait des barbecues, qu’il a rencontré des gens authentiques, etc. Ça fait 10 ans qu’ils disent pareil, merci pour leur générosité.
Par Hubert Mansion
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