Il faudra que je comprenne un jour pourquoi Hubert Reeves, né à Montréal mais vivant en France, a un accent bulgare. Je n'ai jamais entendu, ailleurs au Québec, un accent semblable dont je ne saisis même pas l'origine.
Mais il reste que l'accent le plus extraordinaire de tous est celui des anglophones de Montréal qui ont appris le français dans la rue ou sur le tas. Sauf si l'on habite ici et qu'on les a entendus, il me semble impossible, pour un Marocain vivant en France, par exemple, de déterminer par leur seul accent de quel pays ils proviennent. Dans quelques mois, on entendra des Asiatiques devenus d'abord anglophones lors de l'émigration, puis passés au français car ils vivent au Québec, dire des choses absolument incompréhensibles pour toute personne n'ayant pas entendu auparavant l'accent chinois, le vocabulaire anglais et les expressions de joual. Mais l'avantage du Québec est évidemment que tout le monde les comprendra, et c'est tant mieux. En France on les corrigerait avant de les écouter.
Par Hubert Mansion
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L'expression anglaise in fur wrapped (emballé dans une fourrure) ou infrawrapped (emballé pour éviter le bris) a donné au Canada français le verbe enfirouaper, que l'on écrit parfois enfirwapper.
Le mot a très vite évolué vers le sens de arnaquer, du fait que le français connaissait déjà l'expression se faire fourrer. On en a dégagé le joli substantif enfirouapette désignant une manoeuvre de politicien. Par la suite, dans cette sorte de déclinaison successive de sens de plus en plus abstraits qui caractérise l'évolution des mots, le sens d'enfirouaper est devenu : se faire mettre enceinte. Une femme qui s'était fait enfirouaper s'était laissée avoir, sans doute, par des promesses masculines non tenues.
Il est intéressant de constater qu'il ne s'agissait pas seulement d'un synonyme d'arnaque, car enfirouaper devint, dans un emploi transitif, avoir un amant. On ne peut penser que la langue populaire estimait qu'avoir un amant signifiait, pour une femme, se faire avoir : non, ce nouveau sens empruntait à la connotation de fourrure contenue dans le mot enfirouaper. Car fourrure et fourrer ont toujours fait penser à l'acte sexuel : le mot vagin, par exemple, provient du latin vagina qui signifiait pour les Romains gaine, étui, autrement dit fourreau. Les lecteurs de SAS se souviendront que l'auteur décrivait toujours le sexe féminin comme un fourreau de velours.
S'agit-il d'une simple combinaison de sens par laquelle la langue populaire a fini par confondre l'acte sexuel et l'arnaque ? Pantoute ! Ne dit-on pas se faire baiser pour se faire avoir ?
Par Hubert Mansion
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J'ai toujours été étonné que, dans le Nord du Québec, on prononce le mot ours sans dire le "s". On pourra dire que je me pose de bien étranges questions, mais qu'y puis-je ? J'ai beau faire, tout m'intéresse, disait Paul Valéry : personne au monde ne peut mieux comprendre cette affirmation que moi.
Bref, on ne prononce pas le "s" d'ours au Québec parce que cette prononciation ne s'est imposée en France qu'à la fin du XVIIIème siècle et ce n'est du reste qu'en 1935 que le Dictionnaire de l'Académie s'est déclaré officiellement en faveur de ce "s". Jusque là, on disait un "our", comme encore aujourd'hui dans le Nord. Voilà une question réglée. Quant à savoir ce qu'il faut prononcer, je dois avouer que je m'en moque. Chacun dit comme il veut. Mais comme "our" donne évidemment nounour, et que celui-ci rime naturellement avec amour, mon coeur balance pour oublier le "s".
Crédit photo : Dennis Glennon
http://www.dennisglennon.com/x_BEAR_Kiss.html
Par Hubert Mansion
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