PAUVRE CARCAJOU

Publié le par Hubert Mansion

 

On l’appelle également Glouton et wolverine, mais les premiers colons français l’avaient nommé « enfant du diable ». Carcajou vient  d’ailleurs de la prononciation française du nom mic-mac Kwi'kwa'ju, « esprit maléfique ». En algonquin, il prend une consonance africaine : gulo-gulo . Tout est un peu étrange avec cet animal.

Pour Littré il s’agit d’une espèce de blaireau d’Amérique; pour les naturalistes modernes, c’est un mustélidé ; pour Chateaubriand, qui n’en avait certainement jamais vu, le carcajou est une espèce de tigre et de grand chat et les anglophones l’appellent « skunk-bear », c’est-à-dire putois-ours. Maurice Genevoix parle  méchamment de « la laideur du carcajou, sa gueule de brute au mufle écrasé, sa hargne perpétuellement grognante, sa puanteur » et on l’a  qualifié d’animal le plus cruel de la terre.

Celui qui le connaissait le mieux, Paul Provencher, le définit en ces termes : « On le croirait apparenté à l’ours et à la bête puante. Il possède les caractéristiques des deux. Il a des pattes poilues jusqu’au bas avec des griffes d’ours semi-rétractiles. (…) C’est un batailleur grossier et audacieux. Toutefois, parce qu’il n’est pas un « peureux », il foncera sur sa proie, peu importe sa taille, soit sur l’ours, le loup, le lion de montagne ou l’orignal.»  Détesté des trappeurs parce qu’il mange souvent les animaux pris au piège, il n’est aimé que lorsqu’il n’est plus.  Les Inuits et les Montagnais utilisaient ses poils aux propriétés particulières (la neige ni le frimas n’y adhère)  pour garnir les capuchons.  De sorte que cet animal haï pour sa laideur se trouve à la base de millions de capuchons imitant sa fourrure.

Publié dans 14-Castorama

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