LATIN DU QUÉBEC

Publié le par Hubert Mansion

J’avais évoqué dans Vivre le Québec libre,  ce faux mot latin uvalum, autrefois employé dans certaines régions du Québec et désignant le sexe féminin « où va l’homme ».  Dans ce cas, la langue populaire, en latinisant une expression, faisait preuve d’une imagination et d’une intelligence étonnantes en formant peut-être ce mot sur base du speculum  (que les patientes entendaient peut-être comme spé-cul-homme), par une association d’idée et de son, qui est l’essence de la poésie.

A l’inverse, cette même langue populaire a aussi cherché à trouver un sens à des mots savants incompréhensibles. Ainsi clavicule est devenu clé du cul (d’autant plus étonnant que clavis signifie en effet clé), et diabète la maladie d’Elizabeth. Quand je dis « populaire », je n’entends aucun mépris quelconque, faut-il le dire : j’ai cru longtemps, pour les mêmes raisons,  qu’un jour « ouvrable » était un jour ou les portes des magasins restaient ouvertes, alors que le mot vient de operabilis, c’est-à-dire de travail.

Benjamin, un Français de 8 ans immigré au Québec, me parlait, lui, de ses « congelés de Noël » à partir du 20 décembre : il était aussi sûr de la justesse de son expression que les Québécois qui voient dans le mot « caucus » (réunion, conciliabule), à cause de son assonance, une origine latine. En fait, il s’agit d’un mot algonquin passé à la moulinette anglaise : « cau-cau-as-u », « celui qui conseille ». Bien des journalistes, en employant ce terme, croient rappeler l’empire romain et leur culture classique : ils ne font rien d’autre que d’avouer leur pédantisme. Car Cicéron ne parlait pas l’algonquin.

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Hubert 29/11/2006 15:48

Merci pour cette info que j'ignorais totalement.  Voilà une correction à apporter au Guide de Survie et je m'empresserai de le faire dans la prochaine édition.
Hubert

mayi 29/11/2006 15:18

Je sais que ça n'a rien à voir qvec le sujet de cet article, mais je suis en train de lire le guide de survie des européens à Montréal et dans le chapitre "Une sainte, catholique et apostolique" vous dites "Dans aucun autre pays du monde, je crois, on n'utilise les objets du culte pour insulter [...] mais dans aucun pays du monde, peut être, on voit moins d'hosties, de tabernacles, de sacrifices qu'au Québec".
Je voulais juste dire qu'au Pays Basque (quelqu'un pourrait me dire que ce n'est pas un pays, mais je ne vais pas rentrer dans les discours politiques) nos jurons préférés, et qu'on utilise à chaque fin de phrase sont justement ce type d'insulte. On arrive même à chier sur l'hostie (Me cago en la ostia) o sur Dieu lui même (Me cago en la ostia).
Peut-être bien que mes ancêtres ont eu quelque chose à voir là-dedans et pas uniquement sur les origines d'orignal...

Hubert Mansion 25/10/2006 03:11

Je ne vois pas d'autre explication que ...crocrodile au lieu de crocodile et aréoport au lieu d'aéroport.
Pourtant on dit du "numéraire" et donc il serait logique de dire rénumérer, dans le sens d'avoir du numéraire. La logique des fautes a toujours quelque chose de fascinant : par exemple. derrière "crocodile" il y a l'idée des nombreux crocs de l'animal, et "aréoport" fait penser à "aréopage" (assemblée de sages).

baptiste 24/10/2006 18:47

Au Québec, on dit "rénuméré" au lieu de "rémunéré"... vous l'expliquez comment ?