LA POSTE ET LE FACTEUR TEMPS

Publié le par Hubert Mansion

 

Il faudrait un jour que je trouve un livre sur les uniformes des facteurs. Au Canada, ils sont habillés en bleu (alors que le bleu a toujours été traditionnellement la couleur des marins et des gens de l’aviation), et le gouvernement a veillé à leur éviter la scoliose, en remplaçant la sacoche par une petite poussette et en été, ils portent des shorts (bleus). Mais la caractéristique la plus étonnante de la poste au Canada (cela existe peut-être ailleurs qu’en Amérique du Nord mais je ne l’ai jamais vu) est qu'il est impossible, quand on n'est pas facteur, de savoir si l'on pourra déposer une lettre dans une boîte aux lettres.

En effet, dans certaines maisons, et généralement dans les buildings, les boîtes aux lettres se trouvent dans un endroit fermé à clef. On ne peut donc y accéder que si l'on est facteur, concierge de l'immeuble ou propriétaire de la boîte. Quand on doit déposer un colis chez quelqu'un, et même une simple enveloppe, il faut donc nécessairement lui téléphoner pour savoir si sa boîte aux lettres est accessible : première énigme du système postal, dont je ne me suis vraiment aperçu qu'aujourd'hui, en recevant un semblable appel.

La deuxième : pourquoi les facteurs, qui déposent les lettres, ne pourraient-ils aussi en emporter ?  En Californie, on plaçait les enveloppes timbrées sur la boîte aux lettres et le facteur les prenait en déposant le courrier. Cela évitait d'avoir à « aller à la poste », ce qui, on me le concèdera, est une activité d'un autre âge. Il faut ajouter que, pour les dames âgées, aller à la poste au Canada entre novembre et mars constitue une activité dangereuse à cause du verglas sur les trottoirs.

Mais la poste, dans tous les pays, se caractérise par l’immuabilité : la fonction administrative la plus sportive est aussi la plus immobiliste. À part l'invention révolutionnaire du timbre autocollant, le reste du système, à l’heure des mails, des téléphones photographiques et de DHL, fonctionne comme il y a 50 ans. Il faut encore écrire «par avion» pour envoyer une lettre en Europe; il faut faire la queue pour acheter des timbres, que l'employé doit découper soigneusement avec de gros ciseaux attachés au bureau.

Et combien de fois, aujourd’hui,  quelqu’un a-t-il demandé quelque part dans le monde « Est-ce que la poste est ouverte ? » Trois millions de fois ? Dix millions ? Dans tous les pays du monde, les heures d’ouverture des guichets sont encore plus compliquées à retenir que celles des banques.   Bref, si Marcel Pagnol revenait en vie, il serait perdu partout : sauf dans un bureau de poste.

Publié dans Le Livre

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