Le dossier de la tourterelle au Canada

Publié le par Hubert Mansion

J’ai dédié Vivre le Québec Libre à la tourterelle du Canada et certains lecteurs ont pensé qu'il s'agissait d'une personne. Puisqu'on dit «ma poule» ou «mon poussin», pourquoi ne dirait-on pas «ma tourterelle»? Mais non: il s'agissait vraiment de la tourterelle du Canada, oiseau disparu de la surface de la Terre et dont un dessin est reproduit sur le blog.

Je trouve, dans un manuscrit qui n'a jamais été publié, le récit d'un Français venu en 1760 au Québec qui a contribué, à sa mesure, à l'extinction de cette tourterelle si belle que certains la qualifiaient de plus bel oiseau du monde. Elle avait hélas deux défauts : elle volait bas et par immenses groupes.

 

L'auteur inconnu de ce manuscrit le raconte: «les tourterelles sont très abondantes à Québec et aux environs, surtout dans le courant du mois de septembre, époque où les volatils passent habituellement pendant une quinzaine de jours pour aller chercher un climat plus chaud. Elles volent en si grandes quantités qu'elles produisent l'effet d'un nuage épais, elles passent souvent très près de terre, ce qui facilite d’en tuer beaucoup, non seulement à coups de fusil, mais même avec des bâtons : c'est ce qui m'arriva ainsi qu'à plusieurs autres cette même année, où il en fut tué en si grand nombre qu'on les vend 12 sous la douzaine». Le soldat français  ajoute que ces malheureux oiseaux, «ordinairement très gras en cette saison» font «de très bon bouillon et s'accommodent comme les pigeons». C'était évidemment à la fois sa plus grande qualité et son pire défaut.

Il est certain qu'il n'existe plus aucun individu vivant alors qu'il y en avait des centaines de milliers, peut-être plus; je crois même qu'il n'y a pas une seule tourterelle qui ait été naturalisée. Plutôt que de recréer des dinosaures grâce au génie génétique, j'aimerais autant qu'on lance un vol de tourterelles…

Publié dans Le Livre

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