Anthropologie comparée

Publié le par Hubert Mansion

 

 

A Montréal, les caissières travaillent debout, pèsent les légumes, emballent et rient pour un rien ; à Paris ou à Bruxelles, elles sont assises, n’emballent ni ne pèsent et tirent la gueule pour tout : pourquoi ?  À Paris, il y a des volets sur toutes les fenêtres ; au Québec, il n’y en a jamais : pourquoi ? Et quant aux fenêtres, sur un continent, on les fait glisser pour les ouvrir, tandis que dans l’autre on les pousse : pourquoi ? En Belgique, dans les grands magasins, on entend des tas d’annonces publicitaires qui commencent et finissent par Cher Client (Cher client, le jambon du pays est en solde. L’essayer c’est l’adopter, cher client) mais au Provigo, où l’on a pris la peine de créer la radio Provigo, on n’émet aucune annonce : pourquoi ?   La culture d’un pays est certainement sa littérature, ses arts et sa pensée. Mais elle est aussi dans une certaine manière d’appréhender le monde extérieur et d’attribuer des valeurs collectives à des croyances. Par exemple, la caissière de Montréal (je parle de tout ceci avec la légèreté étonnante de quelqu’un qui n’a jamais été  caissière à Montréal ni ailleurs) croit peut-être que son travail est temporaire et qu’elle trouvera mieux ailleurs de sorte qu’elle prend la chose légèrement, tandis que sa collègue transatlantique imagine qu’elle est rivée à son scanner pour ses deux prochaines incarnations, en raison notamment du système social et du droit du travail : la première ne voit dès lors qu’un job là où la seconde constate un amer destin.

Ce pourrait être tout autre chose : par exemple que le patron québécois de la caissière ne supporte pas qu’elle n’adresse pas un sourire commercial à chaque client, tandis que le patron français s’en moque, ou trouve au contraire plus commercial qu’elle tire la tête, comme font les top-models quand elles défilent. Ou je me trompe dans les prémices, en assimilant, par exemple, toutes les caissières aux trois ou quatre que je connais, auquel cas il faudrait mener une enquête plus large ; il se peut aussi que mon air d’ethnologue de grandes surfaces ne terrorise les pauvres caissières européennes qui craignent que je les dénonce si elles semblent s’amuser en travaillant, et alors il faudrait que je prenne des stagiaires : que de problèmes pour résoudre une question aussi simple !  Et pourtant j’en reste à ma première idée : si elles ont l’air si tristes en Europe, c’est parce qu’elles croient que leur vie ressemblera toujours à ce qu’elle est. Elles voulaient devenir chanteuses, et elles ne parlent même pas. Elles détestaient les chiffres, et c’est tout ce qu’elles disent. Elles n’ont plus d’espoir d’une autre vie, mais juste d’une vie un peu plus confortable. C’est ça : au Québec, si elles sourient, c’est justement parce qu’elles sont debout. Elles sont malheureuses en Europe parce qu’elles se sont assises.

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dom 05/05/2011 18:32



que ne faut-il pas entendre ? Les français sont ceux qui ne renoncent jamais, sont ceux qui font les révolutions et se battent ou descendent  dans la rue à la moindre occasion pour
améliorer  leurs conditions de vie ou "chialer " comme vous le dites à la moindre occasion ...alors je vois tout le contraire ...nos conditions de travail sont bien meilleures , les
caissières peuvent être assises et être moins fatiguées et plus performantes (avez-vous vu la lenteur des employés ici ) alors dire que les caissières françaises se sont assises sur
leur sort alors qu'elles ont obtenu tellement plus qu'ici avec  moins de syndicats ....


 


 Cela fait plus de 10 ans que les caissières demandent à être assises ...mais personne ne réagit et rien ne bouge


A moins que les gens ici se contentent de leur sort et ferment un peu trop facilement leur clapet .


A méditer  



Kitty 28/03/2006 13:42

Salut !
Je m'appelle kitty et ça fait qq années que le Québec m'attire. Je ne sais pas si c'est à cause du drôle accent de ses habitants ou de l'apparente tranquilité qui semble y régner, mais en 2007, je souhaite finir mes études par un stage là bas. J'avais dans l'idée de trouver un blog comme celui de François qui est expat' à Vancouver, du moins qui l'était, et dont son blog était une mine d'infos (http://canada-vancouver.blogspot.com/) ... Tu ne sais pas où je peux trouver un tel blog pour le Québec ??
En cherchant je suis tombé sur le tien qui se distinguait des autres blogs et rien que de lire ton article sur les caissières, ça m'a bien fait rire alors merci d'egayer ma journée !
nice day !
Kitty