La route de Chibougamau

Publié le par Hubert Mansion

 

Pour se rendre à Chibougamau au départ de Montréal, on emprunte la 40 Est jusqu'à la bifurcation vers Shawinigan, et c'est à peu près le seul tronçon de route qui soit praticable en hiver. Au-delà de Shawinigan, l'aventure commence. La route jusqu'à Roberval est sinueuse, mal éclairée et imprévisible. Avant-hier, j'ai vu une voiture rendue pratiquement dans la rivière, l'année dernière la circulation était impossible sur une côte de 150 mètres rendue si glissante qu'il était impossible de la monter à pied. La quantité de sel jeté sur la route épuise en quelques heures les réserves du lave-glace, mais il n'y a aucun accotement pour s'arrêter et le remplir : on en est réduit, le soir, dans l'aveuglement créé par les phares, à rouler presque au pas en se tortillant sur le siège pour trouver, sur le pare-brise, un trou de visibilité.

Enfin on arrive au Lac Saint-Jean. Mais la vaste étendue de celui-ci crée des rafales de vent soulevant les montagnes de neige amassée sur les côtés de la route. Pendant quelques secondes on ne voit absolument rien, ni devant, ni derrière, comme si l'on se trouvait au milieu d'une tempête.  L'affaire se calme un peu jusqu'à La Doré, porte d'entrée de la réserve Ashapmushuan, également connue sous l'appellation de Parc de Chibougamau : près de 300km sans aucune habitation, sans relais de cellulaire, sans station d'essence et sans éclairage bien entendu. Avant-hier, la neige recouvrait la totalité de la route à 20 heures. On ne pouvait distinguer les bandes de circulation, ni les prochains tournants. De temps en temps des camions roulant à plus de 120 (car ils font cette route depuis 20 ans) me dépassaient dans un vacarme épouvantable: mais aussitôt qu'ils se replaçaient, les tas de neige soulevés par leurs dix roues se projetaient sur moi, m'obligeant à m'arrêter aussitôt, en pleine route, car je n'y voyais plus rien.

Au milieu du parc, une voiture accidentée entourée de policiers. Il fait moins 20 mais les deux jeunes conducteurs sont en t-shirt à côté du véhicule, réchauffés sans doute par le choc. Combien de conducteurs ont trouvé la mort sur cette route ! Combien d'accidents au milieu de nulle part, sans service de secours héliporté, sans même la possibilité d'appeler immédiatement... Il y a quelques jours, une voiture a heurté en pleine nuit un bloc de glace au milieu de la chaussée, tombé d'un camion.  Le conducteur a dû attendre le passage d'un véhicule pour se rendre à une borne téléphonique, appeler une dépanneuse et attendre encore.

Magnifique, rude et dangereuse, telle est la route de Chibougamau qui a derrière elle une longue histoire. D'abord chemin d'hiver utilisé pour approvisionner un poste de la Compagnie de la Baie d'Hudson à Mistassini et Chibougamau, ouverte à la circulation d'été dans les années 50 pour fonder la ville minière, elle n'est asphaltée que beaucoup plus tard, sous la pression des habitants qui la bloquent, face à face avec la police. L'asphalte a rendu la vie plus douce à bien des essieux, des pneus et des radiateurs. Mais permettant aux véhicules d'augmenter leur vitesse, a-t-il rendu la vie plus douce à la vie ? Je n'en suis pas sûr. D'autant que, fait incompréhensible pour moi, les poids lourds ne sont soumis à aucune limitation de vitesse particulière au Québec. Et des camions, il n'y a que ça sur la route de Chibougamau.

Publié dans 11-Le Nord pur

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nathalie 19/05/2017 14:36

Mon cher hubert t'es carrément dans le champ ! primo le parc ne fait pas 300 km mais 190, il y a une halte au milieu avec ambulance et tout, et les camions sont bloqués à 90 km/heure au québec. Franchement avant de dire n'importe quoi renseigne toi !

Mijo 16/06/2006 11:12

Je reste persuadée que ce sera possible un jour.  Nous visitons régulièrement des amis qui habitent Montréal. Lui est originaire de Toronto, elle de l'Abitibi, Val d'Or. Bien que notre amie ne fasse pas une super pub de Val d'Or, j'ai envie d'y aller. Et puis, sur une carte Chibougamau semble être à un saut de puce de Val d'Or ...
A la lecture du livre et de ce billet, je me rends bien compte que ce n'est pas une aventure à prendre à la légère pour se rendre à Chibougamau.
Quant aux recettes, elles sont presque toujours faciles à réaliser !!! Et elles sont délicieuses !!
 
 
 

Hubert Mansion 15/06/2006 20:29

J'aimerais beaucoup avoir impression lorsque vous aurez vu Chibougamau ! Faites quand même attention, c'est parfois un peu risqué...
Hubert
PS Si vous passez ici, il faut que je goûte à vos recettes !

Mijo 15/06/2006 11:41

Bonjour
On m'a offert votre livre pour mon anniversaire. J'ai beaucoup aimé, je l'ai même dévoré.
Je suis allée plusieurs fois au Québec. Personne ne m'a donné autant envie d'aller faire un tour à Chibougamau. La ville qui étale à l'aise toutes les lettres la composant sur la carte !!
Merci et bonne continuation.