Nostalgie du Milton

Publié le par Hubert Mansion

J’aimais tant le Petit Milton, que j’en avais parlé dans le Guide de Survie des Européens à Montréal. Il me semblait alors résumer le plaisir de vivre dans cette ville. J’y allais pratiquement tous les matins prendre mon déjeuner. Une charmante serveuse, qui était un peu la maman de l’endroit, m’apportait immédiatement un café et je fumais une cigarette en lisant le Journal de Montréal. Alors tout était nouveau pour moi : les œufs sur le plat, que l’on retourne sur l’assiette, les toasts déjà beurrés que je rebeurrais sur l’autre face et les refill de café.

En été, je déjeunais sur la petite terrasse ombragée par une vigne grimpante. Nous échangions souvent un ou deux mots entre voisins de table, dont beaucoup d’anglophones.  La Maman du Milton, disant un mot personnel à chacun était toujours là, à servir sans chichis.

J’aimais tant cet endroit, disais-je, qu’il m’y est arrivé ma première aventure de synchronicité. J’étais assis à déjeuner quant soudain mon voisin s’écria :

- I cannot believe it !

Il m’expliqua aussitôt, sans que je lui demande rien, son aventure :

- J’étais en train de me demander comment allait mon chien Dug, que j’ai laissé à la maison il y a deux semaines, dans l’Ouest. Ca fait des jours que je me fais du souci pour lui et regardez ce qu’il est écrit dans la Gazette ! Un article titrait en anglais et en gras:

Dug va bien et est à la maison.

Et puis comme dans les films, la Maman du Milton s’est évanouie dans la nature et je ne l’ai jamais revue. On m’a dit qu’elle était partie créer sa propre affaire. Aujourd’hui, je n’y vais plus jamais au Milton : on ne peut plus fumer, il y a des guichets ATM et beaucoup trop de monde.  Et le pire : ils ont refait la déco intérieure avec des filets de pêches tendus sur les murs d’un resto qui ne sert que des saucisses. Sic transit gloria mundi.

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