Une psycho-généalogiste française dont j’ai malheureusement perdu le nom déclarait récemment que
Sarkozy ferait bien de demander pardon au Québec, au nom de la France, pour avoir abandonné la Nouvelle-France.
Elle expliquait qu’une telle demande de pardon purgerait l’inconscient collectif québécois d’un de
ses plus graves traumatismes.
Il n’en coûterait rien à Sarkozy et cela pourrait en effet soigner de vieilles blessures toujours
visibles aujourd’hui. Mais c’est au Canada entier qu’il devrait s’adresser, et non pas au Québec seulement.
Quand on demande pardon, on vient avec des fleurs. Il pourrait venir avec des fleurs de lys qu’il
planterait lui-même sur les Plaines d’Abraham.
Et ensuite une chanson.
La
seule qui s’impose en cette circonstance ne serait-elle pas: Il y a quelqu’un qui m’a dit que tu m’aimais encore?
Pourquoi les Québécois disent-ils «j’en ai de besoin» au lieu
de «j’en ai besoin»?
L’expression est attestée dans le français provençal au XIXème siècle, dans le parler picard, celui l’Ouest de la France, en Gironde, dans l’Aunis et la Saint-Onge, et Stendhal écrit
«…combien je prise ses conseils et combien j’en ai de besoin».
La forme vient, comme beaucoup de mots et d’expressions d’Amérique, du français des XVIème et XVIIème siècle.
Au XVIème siècle, la locution «de besoin» était courante et l’on disait également «avoir de coutume» pour «avoir coutume», «avoir d’usage» comme «avoir
usage», etc. Étant ancienne, elle est condamnée par une petite armée d’instituteurs qui y voient un archaïsme, quand ils connaissent un peu le français, et une faute
quand ils l’ignorent.
«Laissez-moi j’aurai soin de vous encourager s’il en est de besoin»
avait dit Molière.
Enracinée dans le parler français, l’expression «avoir de besoin» se retrouve même en Suisse et est toujours vivante dans certaines régions de France comme au Québec, véritable conservateur de
l’ancienne langue.
Si nos correcteurs de tous poils pouvaient la laisser tranquille, ils m’obligeraient.
On ne peut pas à la fois, comme ils le font, reprocher aux Québécois de ne pas s’intéresser à leur histoire et de garder des traces de cinq siècles de français dans leur
langue.
Si Mme de Pompadour revenait à Versailles, elle serait surprise de l’absence d’odeurs fétides qui y règne et des femmes en short qui la regarderaient se décongeler
lentement. Mais il n’y aurait pas un Français pour la comprendre.
-Y fait frette, farmez la f’nête!
-Qu’est-ce qu’elle a dit ? demanderait le Conservateur tout en appelant Sarkozy pour lui annoncer la nouvelle incroyable du retour de la
Pompadour.
-A parle-tu à moé? chuchoterait discrètement un Tremblay à sa femme, croyant assister à une mise en scène historique comme on en voit malheureusement à Québec.
-Kékun a-ti un habi neu?
-Qu’est-ce qu’elle a dit ? Qu’est-ce qu’elle a dit?
La Pompadour, ayant entendu Tremblay parler à sa femme car sa décongélation avait commencé par les oreilles, supplierait aussitôt «st’homme»:
-Allez cri un habi neu! Et ajeter des souyers!
Et l’on verrait Tremblay aller quérir un habit neuf et acheter des souliers sous le regard ébahi de
Français apprenant que la Marquise s’exprime avec «un accent de paysan».
Ce n’est pas ce
qu’on voit dans les films «historiques» où les duchesses parlent comme au journal de TF1: mais c’est pourtant la vérité. Et l’un des grands
mérites de l’ouvrage «D’où vient l’accent des Québécois» est, à propos d’accent, de remettre les points sur les
«i».
L’auteur, Jean-Denis Gendron, professeur émérite de l’Université Laval (Québec), démonte avec brio les idées reçues sur la prononciation canadienne française. Non, elle n’est pas celle des
«paysans», ni des Normands comme le disent souvent les touristes. C’est, en gros, celle de l’usage commun, toutes classes confondues, d’avant la Révolution. À preuve, les remarques des
voyageurs français en Nouvelle-France: «Il n’y a pas d’accent au Canada» dit un Jésuite dans un concert unanime. «On y parle un français aussi pur
qu’à Paris» affirme en substance un autre observateur.
Après la Révolution et jusqu’à aujourd’hui, les remarques sur l’accent québécois, au contraire, pleuvent. Que s’est-il passé? Un remaniement profond de l’accent, sous la pression de la
bourgeoisie parisienne. Autour de 1789, explique Gendron, une nouvelle norme phonétique s’installe progressivement à Paris puis en France, pour des raisons exposées en détail dans l’ouvrage. Le
Canada, au contraire, maintient la tradition ancestrale. Chateaubriand l’avait noté: «À peine entendons-nous parler dans quelque bourgade du Canada
et de la Louisiane… la langue de Colbert et de Louis XIV». Dommage que les Québécois ne le sachent pas.
Jean-Denis Gendron, D’où vient l’accent des Québécois, Presses Universitaires de Laval, 2008
Photo 1 - Louise Leblanc
Québec historique (Hilton Québec)
En dehors du vocabulaire particulier, il y a, dans la langue canadienne française, des «faux amis», soit des mots français employés
dans un sens différent de celui ayant cours en Europe.
1-Versatile: signifie ici doté de nombreux talents.
2-Par exemple: «par contre, en revanche», mais on dit aussi par exemple dans le sens de par exemple.
3-D’abord: a aussi le sens de «si c’est comme ça». «Tu ne veux pas venir avec moi? Ben j’y vais seule, d’abord» (elle n’est pas contente).
4-Transiger: en Europe, ce verbe a le sens de «Accommoder un différend par des concessions réciproques». Au Canada, on l’emploie plus souvent comme «faire du
commerce».
5-Flatter: a gardé le sens de «caresser» qu’il a presque perdu en Europe. «Flatte-moi» ne signifie donc pas, comme je le croyais au début, «dis-moi que je suis la plus
belle».
6-Gosses: l’histoire est archi-connue. Gosses est utilisé ici avec le sens de testicules. Ce mot n’a été introduit en France qu’après la Révolution française, raison de son absence au
Canada.
7-S’ennuyer: a ici un sens sentimental. «Je m’ennuie» signifie le plus souvent «Je m’ennuie de toi». De sorte que quand une Québécoise demande à son
conjoint à Paris «Est-ce que tu t’ennuies?» , elle ne lui demande pas s’il s’amuse.
8-Bec: comme dans beaucoup de régions de France, signifie bise, baiser.
9-Développer: a gardé son sens attesté au XIIème siècle, dans «développer un cadeau», c’est-à-dire le déballer.
10-Si: «si» est un mot inexistant au Québec dans le sens de oui, après une question négative. «Tu ne viens pas avec moi? Oui».
Écoutez l'interview avec Hubert avec la chroniqueuse
de l'émission, Sophie: (cliquez sur le bouton "Play" ci-dessous)
Le
français d’Amérique... une langue beaucoup plus châtiée qu’on ne le croit !
101 mots à sauver du français
d’Amérique, de Hubert Mansion / Éditions Michel Brûlé – mars 2008 / 192 pages.
Les mots et expressions utilisés au Québec font
souvent sourire les francophones d’autres horizons. Considérés comme des reliquats d’un autre temps ou comme la transformation « à la française » de termes typiquement anglais, on a
souvent tendance à les corriger et à en effacer toute trace dans nos communications écrites. Pourtant, la « parlure » québécoise est loin d’être le fruit de bizarreries culturelles.
D’une richesse insoupçonnée, elle est plutôt l’une des seules à avoir à la fois conservé ses racines et bénéficié de tous les apports de l’histoire. C’est ce que démontre avec brio Hubert
Mansion, déjà auteur du « best seller » Guide de survie des Européens à Montréal, dans cette petite bombe lexicale à l’approche résolument anticonformiste et très éclairante.
Effectivement, ce néo-Québécois d’origine belge a un beau jour décidé d’aller chercher l’origine de 101 mots utilisés en Nouvelle-France. Pourquoi 101 mots exactement ? Parce que la Loi 101,
qui régit l’utilisation du français au Québec et, du même coup, en assure la sauvegarde au sein d’un continent nord-américain anglophone devrait aux yeux de cet auteur se prévaloir de la richesse
de ses origines plutôt que d’enfermer cette langue dans un carcan de règles édictées par l’Académie française. Aussi cet ouvrage, teinté d’un humour que l’on ne retrouve jamais dans des livres du
même genre, se présente-t-il à la fois comme un lexique surprenant et comme un manifeste. On y découvre par exemple que des verbes tels que « batcher » et « canceller », que
l’on dirait directement hérités de l’anglais, sont en fait tout à fait français. On apprend aussi que les termes « caucus » ou « squeegie » sont le fruit d’un mélange des
langues française, anglaise et amérindienne. Enfin, Hubert Mansion encourage l’utilisation de certaines expressions comme « un refill de café » ou « être cheap », car il n’ont
aucun équivalent en français. Bref, 101 mots à sauver du français d’Amérique constitue un véritable pied de nez à un certain snobisme qu’il est grand temps de dénoncer.
Bravo !
Source de
l'article: La
Godasse, La Web-radio urbaine de Montréal –
Chroniqueuse de l'entrevue: Sophie
par Hubert Mansion
publié dans :
Le Livre
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