TOURTERELLES CDA

Tourterelles du Canada, espèce disparue


 

 

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LES ENTREVUES

 

 

  

 Entrevue  du  17 mars 2006 :

avec  : Hubert  MANSION

par Denise BOMBARDIER

Radio-Canada  98,5 FM

 ÉCOUTEZ 

 


 

Vous m'en lirez tant

Entrevue  du  9  avril  2006 :

avec  : Hubert  MANSION

par : Raymond CLOUTIER

Radio-Canada  95,1 FM

 

 

Volet 1 : ÉCOUTEZ

Extrait audio du livre:

Volet 2 : ÉCOUTEZ

Volet 3 : ÉCOUTEZ


 

 

 Entrevue du 31 décembre 2007

 

 avec Hubert MANSION 

 

par Raymond DESMARTEAUX

 ÉCOUTEZ

 

 

 


 

 

 

 

 

 Entrevue  du  17 juillet 2006 :

avec  :  Hubert  MANSION

par  : Tommy  GAUDET et

Simon-Pierre BILODEAU

CHOQ   FM   -   70%

 

 

 

 

 

 Volet 1 : ÉCOUTEZ

Volet 2 : ÉCOUTEZ

Volet 3 : ÉCOUTEZ

 


 

  

 Auteur : H.Mansion

 

Auteur : H.Mansion

 


 

Auteur et Recherche:

 Hubert Mansion

   Mise en page / Audio

illustration / Animation:

 

Lise Bisson

 

 

 

 

 

Collaboration spéciale:

Merci à  Denis Grenier

Ainsi qu'à  Simon Senay

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Vendredi 3 juillet 2009



Quand un Prix Nobel de littérature s’en prend à Hydro-Québec…


Le Monde, 2 juillet 2009

«La rivière Romaine est un de ces lieux merveilleux qui ont survécu sur notre planète très maltraitée par la civilisation industrielle. C'est un fleuve long de près de 500 kilomètres qui unit les régions arctiques du Québec à la côte atlantique, au-dessus de l'estuaire du Saint-Laurent. Né dans les forêts du Grand Nord, il traverse tous les systèmes naturels et alimente un vaste bassin fait de lacs, de rivières et de rapides.

Depuis toujours ce fleuve est le domaine où nomadisent les Innus, tribu indienne connue au Québec sous le sobriquet de Montagnais. Les Innus vivent en harmonie avec la rivière Romaine, elle est leur mère nourricière (le nom Romaine dérive de la langue innue,
uramen qui signifie rouge, à cause de la couleur des roches). Pour eux, elle est une rivière sacrée, parce qu'elle est liée à leur histoire depuis des millénaires, et parce qu'elle est leur pourvoyeuse en gibier, en poissons, et aussi en plantes médicinales et en baies pour la collecte.

La compagnie Hydro-Québec est une multinationale caractéristique du grand capitalisme, avec des intérêts à la fois au Québec et aux Etats-Unis. Son projet consiste, à partir de 2009, dans la construction de quatre barrages en vue de la production d'électricité qui sera vendue directement aux Etats-Unis, grand consommateur d'énergie (fossile ou naturelle). Ces barrages géants (certains devront atteindre 200 mètres de haut) anéantiront la plus grande partie de la rivière et du bassin qui en dépend. La forêt disparaîtra, ainsi que toute vie, et le résultat sera pendant longtemps la décomposition végétale et l'asphyxie de l'écosystème. La nation innue sera privée d'un seul coup de son lieu de vie.

Certes, des dédommagements sont prévus. Avec cet art de la division qui caractérise la conquête des espaces naturels, Hydro-Québec a réussi à convaincre une partie de la tribu innue de recevoir des indemnités. L'on peut comprendre que, devant l'ampleur du projet et les intérêts économiques colossaux qui sont en jeu, certains puissent renoncer à se battre. Que vaut la parole d'un autochtone contre la puissance d'une multinationale?

Une femme innue n'a pas renoncé. La poétesse Rita Mestokosho, de la communauté de Mingan, a décidé de livrer combat pour sauver la Romaine. Pour la rivière, comme pour sa grand-mère, elle écrit des poèmes, elle récite des discours, elle raconte ce que cela représente pour la survie et l'enchantement des générations futures. Elle ne parle pas seulement des hommes, elle parle aussi des animaux et des plantes, de tout ce qui compose la vie dans ce monde qui est le sien, auquel elle doit tout, et que son peuple a toujours refusé de posséder pour pouvoir le partager. Avec l'aide des associations et des groupes de protection des minorités - tels que Survival International -, elle cherche à faire arrêter le monstrueux projet de Hydro-Québec.

Elle parle de la fragilité de cette rivière, du désastre écologique que représenterait l'inondation de la vallée, des routes qui sabreront la forêt autour du chantier. Elle parle de la fragilité de son peuple, que le projet condamne à mort. Pour ceux que ces arguments n'émeuvent pas, elle a décidé d'avoir recours à l'argument juridique. La nation innue, contrairement à la plupart des autochtones canadiens, n'a jamais signé de traité de paix avec l'Etat du Québec. Le mode de vie ancestral des Innus les rend usufruitiers de la forêt et du bassin de la Romaine, et ils ne sauraient être réduits à une réserve, ni à quelques villages. Rita Mestokosho est prête à aller jusqu'au procès contre Hydro-Québec.

Si ce procès a lieu, il fera date dans l'histoire, parce qu'il ne sera pas seulement le procès de la nation Innue contre une entreprise multinationale. Il sera aussi l'appel au secours de tous ceux qui, à travers le monde, minoritaires sur leurs propres terres, demandent qu'on entende leur voix et qu'on leur rende justice. Ils sont faibles, mais leur voix est forte. Si, malgré l'évidence des erreurs de choix du monde technocratique moderne, la rivière Romaine venait à disparaître, nous aurions tous perdu quelque chose dans cette bataille, et nous serions en droit de nous interroger avec amertume sur le futur qui se prépare pour notre descendance.

Dimanche 21 juin, j'apprends de Rita que le procès n'aura pas lieu. La nation innue, sous la pression des avocats d’Hydro-Québec, a décidé de se rallier au projet. Leur accord comprend une clause définitive par laquelle ils doivent renoncer à toute possibilité ultérieure de porter plainte. On peut comprendre l'argument décisif: tout simplement, cela se fera avec eux, ou sans eux. Il est facile, dans une situation de confort moral, de critiquer cette décision. L'on fait miroiter la promesse d'une amélioration économique, d'emplois pour la jeunesse.

La destruction de la rivière Romaine reste néanmoins un drame irréversible dont personne ne peut mesurer les conséquences. Cela me rappelle ce qui se passait aux Etats-Unis il y a vingt ans, alors que les populations indiennes n'avaient pas encore inventé le recours aux casinos pour survivre. Les Apaches de Ruidoso (Nouveau- Mexique) avaient accepté d'offrir leur réserve pour l'enterrement des déchets radioactifs provenant des centrales nucléaires. Pour répondre à la demande grandissante d'énergie des régions les plus avides de notre planète, l'on sacrifie l'existence, l'avenir, la beauté du précieux héritage commun. Restera la mémoire, la voix de Rita Mestokosho, légère et durable avec
Nipin:

"Ce mot est une saison
C'est aussi le son que font les saumons
(dans le rêve du pêcheur
Pourtant il nage avec force
avec son dernier souffle
Pour laisser échapper tout ce qui reste
(de son dernier voyage
Viendront aussi les petits fruits
que mon grand-père l'ours attend
au détour d'une rivière
et lorsqu'il se nourrit de l'été
sa graisse dégage toute la valeur
(de la vie.
Moi je puise l'eau qui nettoiera
(mon âme
et les pierres mes grands-pères
guideront mon coeur"

 

Jean-Marie G. Le Clézio est écrivain, Prix Nobel de littérature 2009.

 

Sur le Web, pour soutien, pour information:

- nikitamistuk75@hotmail.com
- http://allianceromaine2.wordpress.com

 

Par Hubert Mansion - Publié dans : Le Livre
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Mardi 2 juin 2009

Akulivi, Aupaluk, Chisasibi, Eastmain, Inukjuak, Ivujivik, Kangiqsualujjuaq, Kangiqsujuaq, Kangirsuk, Kuujjuaq, Kuujjuarapik, Manouane, Mistissini, Nemask, Objiwan, OujeBougoumou, Puvirnituk, Quaqtaq, Salluit, Tasiujaq, Umiujaq, Waskaganish, Waswanipi, Wemindji, Weymontachie et Whapmagoostui ont reçu la diffusion d’une entrevue que je viens de faire pour Boreal Hebdo, une antenne de Radio-Canada consacrée au Nord et dont je ne retrouve malheureusement pas la trace sur Internet.

Pendant ce temps, hier, dans une autre émission de la même chaîne, un journaliste québécois disait qu’il n’avait jamais vu un caribou de sa vie.




Pourquoi les Québécois sont-ils obsédés par un sud de pacotille alors qu’ils disposent d’un nord en or? Voir un caribou galoper procure une sensation spirituelle que ne donneront jamais les
mojito ni les pina colada de n’importe quelle république.




Sont-ils gênés par cette partie de leur géographie parce qu’elle correspond trop aux clichés des «grands espaces» qu’ils reprochent aux Européens de propager à leur sujet? Cette absence de curiosité pour un patrimoine si unique au monde me désole, car on dirait que beaucoup ne s’intéressent au sol que pour son sous-sol.

Si l’on agissait ainsi envers les êtres humains, on appellerait ça, à juste titre, de la perversité.






Supportez les caribous:

http://salsa.democracyinaction.org/o/2463/t/5488/content.jsp?content_KEY=3711

Par Hubert Mansion - Publié dans : 11-Le Nord pur
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Lundi 20 avril 2009

Entrevue sur les ondes de RCI/
Radio-Canada international
Émission Tam-Tam (extrait 9min)

avec Hubert Mansion
auteur du nouveau livre
Chibougamau, dernière liberté
La saga du Nord
 
Éditions Michel Brûlé
 
Par Hubert Mansion - Publié dans : Le Livre
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Mardi 14 avril 2009

 


Nous sommes en plein western: au tout début des années 50, Joachim Bordeleau entreprend de construire un hôtel au milieu de nulle part, dans ce qui n’est pas encore la ville de Chibougamau. Il s’enfuira sous les balles…

«Son hôtel compte douze chambres sur deux étages, de nombreux ivrognes et aucun permis d’alcool. Le waiter s’appelle Calice Branconnier, «le plus gros jobber qui a passé dans l’Abitibi». Poilu comme un ours, ce bilingue pesant 300 livres présente l’immense avantage d’impressionner les prospecteurs.

Quand la police montée arrive à Chibougamau, Bordeleau recommande à son ours de service de les accueillir poliment pour tenter de «sympathiser».

«C’est pas de même qu’on reçoit ça, laisse-moi faire» répond Calice. Il les accueille très soûl, les jette dans le fossé comme un bulldozer et les policiers s’en vont en promettant de les revoir: les gens des bois entre le lac Saint-Jean et l’Abitibi «feraient horreur aux gens délicats», avait prédit un missionnaire colonisateur en 1940. Ils reviendront en effet par secousses, saisir la «boisson» de temps à autre et menaceront Bordeleau de la prison tout en défenestrant, à quatre, notre ami Branconnier.

Les prostituées continuent d’arriver par avion à titre de migratrices hebdomadaires: Bordeleau interdit aux filles de faire l’amour avec les prospecteurs car la plupart sont mariés: l’hôtelier a des principes. Il vient «d’une bonne campagne». N’empêche, c’est quand même chez lui que ces dames viennent chercher le client. Résultat immédiat: les mères de famille, restées au Lac-Saint-Jean ou en Abitibi se plaignent à leur curé: «Mon mari est à Chibougamau et y’ a des filles. Il dépense les paies.» Aux policiers, qui se déguisent en prospecteurs pour attraper les prostituées, s’ajoute donc un curé.

Celui-ci arrive sans s’annoncer, «en maudit tabarnak». Il plante un crucifix d’un mètre à deux doigts des narines de Bordeleau et lui déclare dans le nez: «J’peux amener le bonheur, pis l’malheur. Toé, John (Joachim s’appelle maintenant John), c’est l’malheur que j’t’amène.»

Bordeleau commence une méditation métaphysique: «Mon père, quelle différence qu’y a entre un gars qui vend de la boisson pas de licence et un qui vend de la boisson avec licence? Est-ce que c’est la loi des hommes ou c’est la loi de Dieu, ça?» À mesure qu’il parle, Bordeleau se convainc lui-même de la parfaite harmonie de ses activités avec le droit canon, tant et si bien qu’il finit par demander au curé de bénir son hôtel.

Moi, les bordels je bénis pas ça, répond le curé.

Et moi, mes waitress et ma femme, allez-vous me bénir? continue le propriétaire de la maison d’accommodation.

Toi et ta femme, j’vas t’bénir, mais les waitress, je les bénis pas.

Les waitress sont des «bonnes ’tit’ filles» qui viennent de Saint-Prime ou de Sainte-Méthode. L’une d’elles, une métisse indienne, s’appelle Étoile Bleue, une étoile filante qui tombe amoureuse d’un trucker de passage et saute en pleine nuit par la fenêtre pour le rejoindre.

Le curé bénit mais ça ne l’empêche pas de bien faire comprendre à Bordeleau que s’il continue son entreprise diabolique, Dieu en personne s’acharnera contre lui: incendie de l’hôtel, bien sûr, mais aussi maladies en tous genres.

De fait, l’hôtelier se réveille un matin «jaune comme un citron»: c’est la jaunisse et le sort qui commence à faire son effet. «Maudit câline, y ont commencé.» Bordeleau passe au jus de fruit. La police, elle, passe chez lui pour saisir de nouveau sa boisson. L’hôtelier n’en peut plus. Il enfourne les bouteilles dans son camion et part cacher le tout dans le bois: si les tuniques rouges reviennent, il ne déclarera que de la tisane.

Manque de pot, son stock ainsi caché diminue de jour en jour. Les castors de Chibougamau sont-ils rendus décapsuleurs? Pas encore. Mais des ivrognes ont suivi les traces de sa voiture pour repérer sa cachette: la seule auto de Chibougamau était en effet la sienne.

Maudit par l’église, saisi par la police, volé par des alcooliques, Bordeleau est également menacé par ses clients. Scotty Stevenson et ses amis viennent se «paqueter» jusqu’aux petites heures du matin en prenant soin de déposer ostensiblement leur revolver sur la table, après avoir rangé bruyamment leur carabine dans le coin. Quand ils sont soûls, ils tirent: à l’extérieur les bons jours, à l’intérieur les moins bons.

Ils boivent le whisky «à la pinte», se collent à deux ou trois tables et commandent trois à quatre tournées. Scotty, qui paie rarement mais que tout le monde aime, apporte le jus de tomate. Ils se paient la traite à tour de rôle et finissent vers 4 ou 5 heures du matin, quand on les met dehors, s’ils veulent bien. Parfois, ils ne veulent pas.

- Donne-moi du fort!

Bordeleau refuse, il veut aller se coucher. Il prend sa carabine. Il appellerait bien la police. Mais il n’y a pas de téléphone. Et pas de police. Sa femme court se cacher. La dizaine d’hommes décident d’assassiner notre hôtelier car ils en ont assez de ses horaires de fonctionnaire. Il est 5 heures du matin et Bordeleau s’enfuit sous les balles qui transpercent les murs de l’hôtel Obalski. Après l’avoir vaguement cherché à l’extérieur, les hommes lèvent le camp en emportant ce qui reste de bière.

Sous les menaces de plus en plus fortes de la police, de ses clients, de leurs femmes, du curé et des armes de poing, Bordeleau vendra son hôtel «tout greyé» à Charles-Édouard Savard, en 1951.»

Par Hubert Mansion - Publié dans : Le Livre
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Jeudi 9 avril 2009


 


Si j’avais su ce que me prendrait le travail de ce livre, je n’aurais pas osé le commencer, et je ne l’aurais certainement jamais terminé.

Comment aurais-je pu imaginer que je me retrouverais à chercher des carottes dans le Grand Nord, à dépasser trois cents caribous sur la route de la Baie-James, à escalader une montagne invraisemblable en raquette, et surtout, moi qui ne suis pas sportif, à la descendre? À grelotter avec des Parisiennes pleurant leurs pieds gelés; à examiner sérieusement des pierres que je n’aurais pas remarquées un mois plus tôt: à recueillir, moi qui ne suis pas manuel, des écorces de bouleau pour confectionner des paniers, à mordre leurs membranes pour comprendre l’artisanat, à faire bouillir des racines d’épinette?

Combien de milliers de kilomètres ai-je parcouru? Dix mille au moins, pour visiter Chibougamau, la Baie-James, Radisson, des géologues à Montréal, des anciens à Shawinigan, Québec, Ottawa, des Cris à Mistissini, Oujé-Bougoumou, et le tout grâce à Volvo. Et les bibliothèques! Chez les oblats pour trouver de vieux témoignages de missionnaires oubliés, à la Bibliothèque nationale du Québec pour visionner des microfilms de La Sentinelle, Allo Police, et tant d’autres, que je n’arrivais jamais à rembobiner, moi qui ne suis pas technologue. J’ai usé trois ordinateurs portables, douze pneus, les oreilles de plein de convives, j’ai coupé mon cellulaire, annulé des rendez-vous. J’ai été bloqué dans des bancs de neige, j’ai fait des tête-à-queue sur la 167 glacée; j’ai failli tuer deux lynx et j’ai massacré des milliards de mouches, moi qui suis allergique.

Mais!

Mais ma compréhension du monde et de la diversité humaine, de la beauté de la nature et de sa sauvagerie serait restée plus incomplète sans ces terres glacées. Sans suivre le galop des caribous et le travail des castors, mais aussi les efforts inhumains de milliers d’anonymes, j’aurais moins connu la splendeur animale et la grandeur humaine.

Puisse le Nord préserver, dans le froid qu’il lui reste, la nature qui nous reste.

 

Par Hubert Mansion - Publié dans : Le Livre
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