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Entrevue du 17 mars 2006 :
avec : Hubert MANSION
par Denise BOMBARDIER
Radio-Canada 98,5 FM
Entrevue du 9 avril 2006 :
avec : Hubert MANSION
par : Raymond CLOUTIER
Radio-Canada 95,1 FM
Volet 1 : ÉCOUTEZ
Extrait audio du livre:
Volet 2 : ÉCOUTEZ
Volet 3 : ÉCOUTEZ
Entrevue du 31 décembre 2007
avec Hubert MANSION
par Raymond DESMARTEAUX
Entrevue du 17 juillet 2006 :
avec : Hubert MANSION
par : Tommy GAUDET et
Simon-Pierre BILODEAU
CHOQ FM - 70%
Volet 1 : ÉCOUTEZ
Volet 2 : ÉCOUTEZ
Volet 3 : ÉCOUTEZ
Auteur : H.Mansion
Auteur : H.Mansion
Auteur et Recherche:
Hubert Mansion
Mise en page / Audio
illustration / Animation:
Lise Bisson
Collaboration spéciale:
Merci à Denis Grenier
Ainsi qu'à Simon Senay
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À Saguenay (ville qui n’existe pas, car elle résulte du rapprochement administratif de 3 villes que la géographie distingue, de sorte que quand on dit « je suis à Saguenay »,
l’interlocuteur ne sait pas dans quel endroit l’on se trouve), à Jonquière, j’entends une cliente dire à la barmaid qui vient la servir:
- Tu peux-tu me partir un bill?
Un bill est une addition. Partir signifie commencer. En quelques mots, cette expression signifie donc: étant donné que je compte boire plusieurs bières, peux-tu t’abstenir de venir me présenter
l’addition après chaque verre en me faisant ainsi passer pour une alcoolique et ne me la donner que quand j’aurai fini de boire?
Je ne crois pas qu’il existe une expression française permettant, en si peu de mots, de dire les mêmes choses.
Partir un bill présente plusieurs avantages: pour le client,
déclarer dès l’entrée qu’il n’a pas fini de sortir. Pour la serveuse, comprendre que sa soirée est faite, car le pourboire s’assied sur 15% du prix de la consommation: pour les
deux, déclarer que la fête commence.
Or la fête, pour les Québécois comme pour bien d’autres, est très liée à l’alcool. Pour la fille de Jonquière, qui s’installait à 18h au bar, la fête c’était le bill du samedi soir.
Réf. carte: http://www.guidesulysse.com/
Jean-Marie G. Le Clézio est écrivain, Prix Nobel de littérature 2009.
http://salsa.democracyinaction.org/o/2463/t/5488/content.jsp?content_KEY=3711
Nous sommes en plein western: au tout début des années 50, Joachim Bordeleau entreprend de construire un hôtel au milieu de nulle part, dans ce qui n’est pas encore la ville de Chibougamau. Il
s’enfuira sous les balles…
«Son hôtel compte douze chambres sur deux étages, de nombreux ivrognes et aucun permis d’alcool. Le waiter s’appelle
Calice Branconnier, «le plus gros jobber qui a passé dans l’Abitibi». Poilu comme un ours, ce bilingue pesant 300 livres présente l’immense avantage
d’impressionner les prospecteurs.
Quand la police montée arrive à Chibougamau, Bordeleau recommande à son ours de service de les accueillir poliment pour tenter de
«sympathiser».
«C’est pas de même qu’on reçoit ça, laisse-moi faire» répond Calice. Il les accueille très soûl, les jette dans le fossé comme un bulldozer et les policiers s’en
vont en promettant de les revoir: les gens des bois entre le lac Saint-Jean et l’Abitibi «feraient horreur aux gens délicats», avait prédit un missionnaire colonisateur en 1940. Ils reviendront
en effet par secousses, saisir la «boisson» de temps à autre et menaceront Bordeleau de la prison tout en défenestrant, à quatre, notre ami Branconnier.
Les prostituées continuent d’arriver par avion à titre de migratrices hebdomadaires: Bordeleau interdit aux filles de faire l’amour avec les prospecteurs car la
plupart sont mariés: l’hôtelier a des principes. Il vient «d’une bonne campagne». N’empêche, c’est quand même chez lui que ces dames viennent chercher le client. Résultat immédiat: les mères de
famille, restées au Lac-Saint-Jean ou en Abitibi se plaignent à leur curé: «Mon mari est à Chibougamau et y’ a des filles. Il dépense les paies.» Aux policiers, qui se déguisent en prospecteurs
pour attraper les prostituées, s’ajoute donc un curé.
Celui-ci arrive sans s’annoncer, «en maudit tabarnak». Il plante un crucifix d’un mètre à deux doigts des narines de Bordeleau et lui déclare dans le nez: «J’peux
amener le bonheur, pis l’malheur. Toé, John (Joachim s’appelle maintenant John), c’est l’malheur que j’t’amène.»
Bordeleau commence une méditation métaphysique: «Mon père, quelle différence qu’y a entre un gars qui vend de la boisson pas de licence et un qui vend de la boisson
avec licence? Est-ce que c’est la loi des hommes ou c’est la loi de Dieu, ça?» À mesure qu’il parle, Bordeleau se convainc lui-même de la parfaite harmonie de ses activités avec le droit canon,
tant et si bien qu’il finit par demander au curé de bénir son hôtel.
Moi, les bordels je bénis pas ça, répond le curé.
Et moi, mes waitress et ma femme, allez-vous me bénir? continue le propriétaire de la maison
d’accommodation.
Toi et ta femme, j’vas t’bénir, mais les waitress, je les bénis pas.
Les waitress sont des «bonnes ’tit’ filles» qui viennent de Saint-Prime ou de Sainte-Méthode. L’une d’elles, une
métisse indienne, s’appelle Étoile Bleue, une étoile filante qui tombe amoureuse d’un trucker de passage et saute en pleine nuit par la fenêtre pour
le rejoindre.
Le curé bénit mais ça ne l’empêche pas de bien faire comprendre à Bordeleau que s’il continue son entreprise diabolique, Dieu en personne s’acharnera contre lui:
incendie de l’hôtel, bien sûr, mais aussi maladies en tous genres.
De fait, l’hôtelier se réveille un matin «jaune comme un citron»: c’est la jaunisse et le sort qui commence à faire son effet. «Maudit câline, y ont commencé.»
Bordeleau passe au jus de fruit. La police, elle, passe chez lui pour saisir de nouveau sa boisson. L’hôtelier n’en peut plus. Il enfourne les bouteilles dans son camion et part cacher le tout
dans le bois: si les tuniques rouges reviennent, il ne déclarera que de la tisane.
Manque de pot, son stock ainsi caché diminue de jour en jour. Les castors de Chibougamau sont-ils rendus décapsuleurs? Pas encore. Mais des ivrognes ont suivi les
traces de sa voiture pour repérer sa cachette: la seule auto de Chibougamau était en effet la sienne.
Maudit par l’église, saisi par la police, volé par des alcooliques, Bordeleau est également menacé par ses clients. Scotty Stevenson et ses amis viennent se
«paqueter» jusqu’aux petites heures du matin en prenant soin de déposer ostensiblement leur revolver sur la table, après avoir rangé bruyamment leur carabine dans le coin. Quand ils sont soûls,
ils tirent: à l’extérieur les bons jours, à l’intérieur les moins bons.
Ils boivent le whisky «à la pinte», se collent à deux ou trois tables et commandent trois à quatre tournées. Scotty, qui paie rarement mais que tout le monde aime,
apporte le jus de tomate. Ils se paient la traite à tour de rôle et finissent vers 4 ou 5 heures du matin, quand on les met dehors, s’ils veulent bien. Parfois, ils ne veulent
pas.
- Donne-moi du fort!
Bordeleau refuse, il veut aller se coucher. Il prend sa carabine. Il appellerait bien la police. Mais il n’y a pas de téléphone. Et pas de police. Sa femme court se
cacher. La dizaine d’hommes décident d’assassiner notre hôtelier car ils en ont assez de ses horaires de fonctionnaire. Il est 5 heures du matin et Bordeleau s’enfuit sous les balles qui
transpercent les murs de l’hôtel Obalski. Après l’avoir vaguement cherché à l’extérieur, les hommes lèvent le camp en emportant ce qui reste de bière.
Sous les menaces de plus en plus fortes de la police, de ses clients, de leurs femmes, du curé et des armes de poing, Bordeleau vendra son hôtel «tout greyé» à
Charles-Édouard Savard, en 1951.»
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